27 Mar 2017

Délire et bouffée délirante : types, troubles, évaluation et cas réels

Délire et bouffée délirante : Que sont les délires et les bouffées délirantes ? Combien de types de délires différents existe-t-il ? Avec quels troubles sont associés les idées délirantes ? Comment s’évalue et se diagnostique cet état d’altération mental dans lequel une excitation, un désordre des idées voir même des hallucinations peuvent se produire ? Découvrez quelques cas réels.

Nous sommes habitués à entendre le terme de délire dans les médias : à la télévision, dans les films, dans les livres, et même parfois dans les conversations habituelles que nous avons avec les autres, et souvent ce terme est utilisé d’une manière familière. Dans cet article, nous allons essayer d’expliquer ce qu’est un délire et une bouffée délirante, quels types de délires existent, quels sont les plus fréquents, comment les évaluer et quelles différences existe-t-il avec les croyances populaires. Eva Rodriguez Weisz, psychologue, répond à toutes vos questions sur le sujet.

Délire et bouffée délirante

Définition du délire

Qu’est-ce qu’un délire ? Définition

Les délires constituent un des thèmes centraux pour les psychopathologies, mais si nous nous concentrons sur la définition psychopathologique, nous devons commencer par dire qu’il n’existe pas une définition totalement satisfaisante et complète du délire. Cependant, il est vrai qu’il existe certaines définitions qui sont assez bien acceptées, parmi lesquelles se trouve la définition de Jaspers, qui est la plus utilisée.

Jaspers nous offre une définition des délires qui est la suivante : “les délires sont des jugements ou des croyances fausses, qui se caractérisent par le fait que l’individu les maintiens avec un grande conviction, qui ont un contenu étrange ou impossible en lien avec la culture du sujet, et qui ne sont pas influençables par d’autres arguments, conclusions ou expériences irréfutables”. Jaspers lui-même reconnu l’insuffisance de sa définition pour distinguer adéquatement les délires d’autres possibles croyances et problèmes. Actuellement, il existe d’autres conceptualisation avec la même définition que celle de Jaspers, dans lesquels elle apparaît répétée, amplifiée et/ou nuancée par d’autres auteurs.

Délire et bouffée délirante comme phénomène multidimensionnel. Critères pour le définir

Afin de pouvoir distinguer avec précision une croyance normale d’un délire, certains auteurs ont proposés des dimensions qui suggèrent l’existence d’une gamme continue qui va de la croyance normale ou socialement acceptée au délire pathologique. Pour définir ces critères conceptuels du délire, nous devons aborder ces dimensions :

  • Croyances modifiables VS croyances non-modifiables, fixe et incorrigibles : Cette caractéristique fait référence au maintien du délire sur le long terme, malgré qu’il existe des preuves du contraire. Bien que cela suppose un des aspects centraux de la définition de Jaspers, certaines investigations les plus récentes démontrent que dans la pratique, cette caractéristiques n’est pas toujours rencontrée, mais qu’elle peut exister des degrés différents et des variations dans la fixité des délires. Ainsi, les délires ne sont pas forcément incorrigibles, même s’il semblerait qu’effectivement les délires soit en général difficile à modifier.
  • Conviction légère VS conviction intense : Cette dimension fait référence au degré de conviction d’un sujet à propos de ses croyances. Les investigations les plus utilisées comme celle de Jaspers ou Mullen défendent que dans le cas de délire, le degré de conviction est “extraordinaire” ou “absolu”. Cependant, évaluer cette variable peut être compliqué, car selon d’autres chercheurs, autant chez des patients différents que chez le même patient, le degré de conviction n’est pas absolu et peut varier. De même que pour l’incorrigibilité, la conviction n’est pas toujours la même. Dans des cas extrêmes on considère que la conviction est intense alors que d’en d’autres cas la conviction peut être plus légère, alors qu’il s’agit dans les deux cas d’un délire.
  • Absence d’appuis culturels : Pour être considéré comme un délire, on doit ajouter le fait que la croyance ne doit pas être partagée par d’autres membres d’un groupe culturel, comme ce serait le cas des croyances religieuses ou politiques. Cette dimension est due au fait que, entre autres choses, l’irrationalité d’une idée est définie en partie par le contexte social, et c’est pourquoi les psychologues ne doivent pas entrer en matière sur les questions idéologiques de leurs patients. Cela peut également supposer un problème au moment d’appliquer ce critère, car souvent il est difficile d’être au courant des croyances d’autres groupes éloignés du notre.
  • Pas de préoccupations VS préoccupations : Les croyances non pathologiques, bien qu’elles soient maintenues avec conviction, dans la majorité des cas, ne nous préoccupent pas. Les délires sont souvent des idées préoccupantes pour le patient, qui rumine continuellement ses idées, et qui consacre une grande partie de son temps pour les réaffirmer. Cette caractéristique n’est pas exclusive des délires, mais peut également être présente dans d’autres idées, comme les obsessions ou les surévaluations.
  • Plausible vs non-plausible : Cette dimension se réfère au degré de plausibilité et à quelle mesure le délire s’adapte à la réalité. Alors que parfois certains délires sont impossibles dans n’importe quelle circonstance, d’autres pourraient être possibles. Par exemple, si une personne travail dans les services secrets et nous manifeste ses pensées qu’on le suit et qu’on écoute ses conversations au téléphone, cela est plus possible pour cette personne que pour d’autres.

Types de délires et exemples de bouffées délirantes

Le contenu des délires peut être très varié, et peuvent concerner différents sujets. Voici un petit résumé de certains types de délires et d’exemple de bouffées délirantes, bien qu’il en existe bien plus que ceux présentés si dessous.

Délire et bouffée délirante

Types de délire et exemple de bouffée délirante

Délires paranoïdes :

L’individu pense qu’une ou plusieurs personnes ont l’intention de lui faire du mal ou de faire du mal au personnes qui lui sont proches (physiquement, socialement ou psychologiquement). Un exemple clair de ce délire est lorsque le patient est convaincu que l’on veut l’assassiner, l’empoisonner, le rendre fou et le poursuivre jusqu’à lui faire du mal.

Délires de grandeur :

Ils sont caractérisés par une idée délirante dont le contenu implique une exagération dans l’évaluation du pouvoir du patient, d’une quelconque habileté spéciale ou d’une surévaluation de l’importance de son identité. Cela peut être de nature religieuse, tourné vers des figures ou des éléments mystiques (Dieu, Jésus-Christ, le Démon, etc…) ou d’autres sortes. Un exemple serait un délire religieux dans lequel le patient pense être “l’envoyé de Dieu”. Les individus mégalomaniaques expriment une arrogance prononcée et une estime de soi très élevée, d’une façon exagérée. Ce type de délire sont présents dans les manies, les troubles délirants et la schizophrénie.

Délires métacognitifs (lecture ou vol de pensées) :

Dans ces cas-là, l’individu pense qu’une personne ou une force extérieure contrôle sa volonté ou ses pensées. Un exemple clair est lorsqu’une personne exprime avec conviction qu’on lui lit les pensées. Ce sont des délires très fréquents dans les cas de schizophrénie.

Délires de jalousie :

Aussi connu comme le Syndrome d’Othello, ils se caractérisent par le fait que le sujet a toujours la fausse croyance que son ou sa partenaire lui est infidèle. Ce type de délires sont très controversés, car dans certaines situations, cela peut sembler des croyances normales. Cependant, ce type de patients arrive à un tel point jalousie qu’ils peuvent commettre des actes violents ou des délits, et les délires sont constants et sans fondement rationnels ou logique.

Délires érotomaniaque (Syndrome de Clérambault) :

Les patients érotomaniaques ont la certitude qu’une autre personne est profondément amoureuse d’eux. Les contacts avec cette personne peuvent être minimes, voire inexistant, mais le sujet affirme que c’est l’autre personne qui a commencé leur relation. Généralement, cette autre personne est réelle, et est souvent d’une classe sociale ou d’un statu supérieur au sujet. Par exemple, une personne qui affirme que le président de son pays est amoureux d’elle depuis des années, bien qu’ils ne se soient jamais rencontrés directement.

Délires de fausse identification :

Parmi ces délires, un des plus fréquents est le Syndrome de Fregoli, qui consiste en ce que la personne croit que d’autres individus ont une autre identité. Se délire ce caractérise par le fait que le patient se sent persécuté par une personne qu’il pense voir partout et qui peut avoir plusieurs identités et en changer comme un acteur. Les délires de fausse identification sont généralement accompagnés d’hallucinations. Ils se produisent souvent dans les cas de schizophrénie, de dépression sévère ou de maladie d’Alzheimer.

Ainsi, les délires peuvent se manifester sous différentes formes, mais ont une caractéristique commune, qui est qu’ils sont autoréférentiels au patient lui-même.

Causes du délire ou de la confusion mentale

Les délires et les pensées délirantes peuvent être présentent dans une grande variété de troubles psychologiques :

  • Schizophrénie.
  • Troubles paranoïdes.
  • Troubles affectifs (dépression et manie).
  • Troubles de la personnalité.

De plus, les délires ou les pensées délirantes peuvent apparaître comme conséquence d’un traitement d’une maladie d’origine biologique :

Différences entre délires et autres croyances anormales

Il existe d’autres pensées, comme les idées de type obsessive, qui partagent avec les délires la caractéristique de la préoccupation qu’elles génèrent chez la personne qui les a. Cependant, les individus qui ont des idées obsessives reconnaissent souvent l’absurde et l’irrationnel que sont leurs idées, et luttent souvent en essayant de ne pas y penser, car il s’agit de pensées indésirables, involontaires et intrusives. Dans les cas de délires, l’idée se maintient, que celle-ci paraisse logique ou non.

D’un autre côté, les idées surévaluées décrites par Wernicke, ont certaines racines communes avec les délires, car il s’agit de croyances qui sont surchargées émotionnellement par l’individu, qui tendent à le préoccuper et à dominer sa personnalité, comme dans les cas de fanatisme. Cependant, les idées surévaluées diffèrent des délires par le fait qu’il existe un certain degré de validation consensuelle, et qu’elles se centrent surtout sur les questions sociales, politiques ou religieuse, alors que les délires se centrent principalement sur la personne elle-même.

Les délires, évaluation et diagnostic

Du fait que les délires peuvent être causés par des troubles mentaux, ou par des maladies d’origine biologique, comme nous le mentionnons auparavant dans cet article, il est nécessaire de faire appel à un spécialiste afin d’arrêter un diagnostic précis.

Il est important, comme pour beaucoup d’altérations et de troubles, que les personnes les plus proches de l’individu, normalement la famille, qui sont les premiers à se rendre compte de ce qu’il se passe, aident les spécialistes.

Les diagnostics doivent toujours être émis avec une très grande précaution et en écoutant l’entourage proche du patient, d’une façon exhaustive. Car souvent le consensus social est une question délicate, et il peut être difficile de distinguer ce qui est pathologique de ce qui ne l’est pas.

Un bon exemple du fait que les délires peuvent contenir de la vérité, ou devenir vrais avec le temps, sont les délires de jalousie, De plus, beaucoup de spécialistes peuvent témoigner et décrire une expérience dans laquelle, au début, les délires leurs semblaient absurdes, et qui au final se sont avérés vrais, comme dans le cas très connu de Marta Mitchell.

Le cas de Marta Mitchell

Aux États-Unis, ce cas peut être parfois catalogué comme un cas de pathologie. Il est connu comme le cas de Marta Mitchell, l’épouse d’un général américain, qui fut diagnostiqué d’une pathologie mentale, dû aux accusations qu’elle faisait d’activités illégales à la Maison Blanche, jusqu’à ce que l’on découvre qu’elle avait raison.

Bien que cela puisse paraître anecdotique et que cela n’arrive pas dans la majorité des cas et est plutôt considéré comme une exception, il est vraiment important que les professionnels cliniques soient attentifs à beaucoup de variables et de critères d’évaluation, afin d’être rigoureusement sûrs de ne pas commettre d’erreurs.

Ainsi, les évaluations des patients sont toujours plus optimisées. De nos jours, la majorité des traitements thérapeutique – et parfois pharmacologiques – montrent des résultats très positifs dans l’évolution des patients, avec une grande probabilité de récupération pour beaucoup des troubles mentaux. Il est donc important de toujours faire appel à un professionnel spécialisé afin d’apporter l’aide nécessaire aux personnes qui en ont besoin.

Le diagnostic ne doit pas être la priorité, car cela pet mener à mettre des “étiquettes” qui ne sont pas nécessaires à la personne. Cependant, une bonne évaluation et un traitement adéquat réalisé par un spécialiste pourra assurer le patient et ses proches une amélioration considérable de quelconque trouble psychologique.

Merci beaucoup de nous avoir lu, nous espérons que cet article vous aura plus et surtout qu’il vous aura été utile. N’hésitez pas à laisser vos commentaires et vos questions sur le sujet plus bas, nous serons enchantés d’y répondre. 🙂

“Source : Eva Ródriguez Weisz, psychologue en formation continue, spécialisée en thérapie familial.”

Rédacteur spécialisé du domaine médical et de la santé. Passionné de psychologie, de philosophie ainsi que de neuroscience.
Toujours à la recherche de nouvelles sources et de nouvelles tendances, dans le but d’inspirer le publique et de le guider vers de nouvelles méthodes ou théories pour l’aider à améliorer son quotidien.

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