07 Mai 2017

Estime de soi : un monde qui naît du regard que les autres ont porté sur nous

Le concept d’estime de soi est une notion qui pénètre tout à la fois les sphères sociales, familiales et intimes. Elle caractérise le regard que nous portons sur notre être, notre plastique, nos capacités intellectuelles, nos aptitudes physiques, notre capacité à être apprécié des autres ou à être un objet de désir pour les autres. La connaissance consciente ou non que nous avons de notre valeur parmi les autres forme le regard que nous portons sur nous-mêmes et sur les autres. L’estime de soi est une représentation dynamique de soi alimentée par la mémoire émotionnelle de nos succès et de nos échecs. Apprendre à nous aimer, à nous accepter et à nous faire confiance en dépend. Nous allons donc nous poser la question suivante : Comment, quoi, qui et où se construisent les expériences fondatrices de l’estime que nous avons de nous-même ?

Estime de soi

Une basse estime de soi peut naître du poison qui se cache derrière tout engagement dans l’action : l’échec

Le premier incubateur de l’estime de soi : la petite enfance

Mettez votre imagination en marche voyageurs de la psyché car il va être indispensable d’évoquer la petite enfance (de 0 à 3 ans) dont nous ne gardons souvent aucun souvenir conscient. Alors j’entends déjà les critiques : « encore de la psychanalyse ! » ou « comment pourrions-nous porter un jugement sur nous-même sans conscience ? ». Je vais probablement vous apparaître mystique mais la science nous dit que le corps s’en souvient. Je ne veux pas seulement vous parler du « holding » (manière de porter l’enfant) des parents ou de l’affection accordée en général mais de la sécurité qui vous a entouré(e) lors de vos dangereuses explorations du monde. Par exemple, comment vous a-t-on accompagné lors de vos premiers pas ? Comment a-t-on reçu vos premiers mots ? Vous a-t-on écouté, entouré ? Vous a-t-on fait des retours neutres, négatifs ou positifs après vos échecs et lors de vos succès ? Découvrez l’effet Pygmalion et comment nos paroles influencent les plus petits et comment bien encourager un enfant.

Bref, étiez-vous guidé et récompensé suffisamment selon vous ? Quoi qu’il en soit, il faut que vous ayez en tête l’émotion qui infiltre vos pensées ou votre corps lorsque vous vous interrogez à ce sujet. Si vous vous laissez aller dans les dédales flous de ce lointain passé, vous sentirez probablement qu’il vous en reste quelque chose qui manque certes du mot mais imprègne votre corps.

Estime de soi

Les bébés vivent des expériences émotionnelles extrêmement fortes

Education et estime de soi : le style autoritatif ?

Face à des styles d’éducation dits autoritaires, indulgents ou négligents, le style autoritatif serait le plus apte à construire des individus forts d’une haute estime d’eux-mêmes c’est-à-dire des êtres optimistes qui présentent un biais émotionnel positif.

Par ce biais, l’estime de soi maintiendrait alors l’équilibre émotionnel de ces individus leur permettant ainsi de s’engager efficacement dans l’action. Par « efficacement », on entend ici une capacité d’agir rapidement, activement et concrètement pour solutionner un problème.

Mais qu’est-ce que ce style d’éducation autoritatif ? Cela consiste à fusionner les styles autoritaire et indulgent en fondant l’éducation sur un principe de communication et de négociation avec l’enfant sans faire disparaître la distinction entre le rôle de parent et le rôle d’enfant. Ce modèle est à la fois horizontal et vertical, il s’agit de construire un cadre limité à l’enfant dans lequel il est guidé, de sorte qu’il lui est permis de découvrir, d’explorer, de grandir, sans pour autant ressentir la peur liée au manque de repères ou le sentiment d’abandon lié au manque d’altérité, de guidance (style indulgent ou négligent) ou même l’oppression liée à un espace d’exploration trop confiné (style autoritaire).

L’estime de soi est donc d’abord un monde construit par la famille qui aurait pour fonction de maintenir un équilibre émotionnel permettant une réaction efficace face aux problèmes qui se présentent quotidiennement. Néanmoins, les chercheurs observent que cette vision de soi est multiple. On pourrait dire qu’elle est composée de plusieurs sphères au travers desquelles l’estime de soi s’exprime différemment.

Estime de soi

Le monde est un casse-tête terrifiant dans lequel il est essentiel d’être guidé. Une bonne estime de soi peut se concevoir comme un repère très important sur lequel se bâtit le courage nécessaire pour prendre part à la vie malgré sa complexité apparente

Les sphères de l’estime de soi : l’aspect physique, la réussite scolaire, la conformité comportementale, la compétence athlétique et la popularité.

L’ensemble de ces aspects de la vie enfantine s’entrecroisent et interagissent entre eux. En effet, il est très facile de faire la hiérarchie de ces sphères de celle qui nous montre sous notre meilleur jour à celle qui nous déclenche l’effroi. Je vous précise que la conformité comportementale répond à la question « suis-je apprécié par les adultes ? ». Il est très intéressant de noter que ces aspects se transposent très aisément à la vie adulte. On voit même, en fait, que ces sphères sont actuelles. Nous sommes toujours attentifs au fait d’être conformes ou non aux attentes de nos parents, de nos professeurs ou de notre patron. « Les adultes » restent des figures omniprésentes dans la vie et la valeur que l’on imagine avoir à leurs yeux ont un rôle primordial lors des entretiens d’embauche ou lorsque l’on devient soi-même parent par exemple.

Ceux qui ont une haute estime de soi sont-ils narcissiques ?

La réponse est… peut-être. En vérité, ces deux concepts doivent absolument être éloignés parce qu’ils ne sont pas systématiquement reliés. Prenons le point de vue d’une personne qui a une basse estime d’elle-même pour des raisons obscures qu’on appellera Laura (ne me demandez pas pourquoi).

Disons maintenant que Laura observe un sujet à haute estime de soi du nom d’Estelle dans tous ses faits et gestes. Estelle n’a pas peur de s’engager dans la vie, c’est une fonceuse qui n’évite pas les obstacles et les franchit avec plus ou moins de réussite.

Laura va être impressionnée par la détermination d’Estelle malgré les échecs encourus, sans pour autant perdre de vue sa valeur moindre par rapport à elle. En effet, Laura va se comparer à Estelle. Elle prend conscience qu’elle n’aurait jamais pu agir comme elle. Premièrement, elle n’en a pas les capacités selon elle et, deuxièmement, elle ne s’aime pas assez pour faire tant d’efforts pour elle-même. Ce qui pourrait la mener à la conclusion suivante : si Estelle a une haute estime d’elle-même, c’est parce qu’elle s’aime beaucoup, qu’elle aime prendre soin d’elle, qu’elle est finalement une nombriliste de première !

Et bien, c’est ce qui s’appelle une extrapolation malheureuse de la part de Laura ! En effet, on ne sait pas si Estelle se rend hommage chaque jour. Ce qu’on sait en revanche, c’est qu’elle adopte des stratégies de réparation adaptées lors d’un échec, qu’elle fait par exemple une activité qui la réconforte, comme voir des amis, plutôt que de s’enfoncer de par une remémoration cyclique de ses erreurs. Ainsi, avoir de l’estime de soi, ce n’est pas porter un culte à soi-même mais plutôt avoir une petite voix en soi qui nous dit que nous allons nous en sortir et qui nous reconstruit. A l’inverse, la voix de Laura lui dirait plutôt qu’elle n’est pas assez forte, qu’il n’y a rien à faire à part oublier ou faire comme si tout allait bien.

D’un côté, l’échec apprend, de l’autre, l’échec détruit. Et on pourrait oser se demander ce qui est le plus narcissique : « observer continuellement ses échecs passés au point de s’y oublier ou regarder vers l’inconnu avec un optimisme acharné ? ». N’y voyez bien sûr aucune culpabilisation des personnes en berne d’une vision positive d’eux-mêmes. Je crois simplement que l’amour obsessionnel de soi est plutôt une conséquence d’un manque d’estime de soi. Toutefois, une haute ou basse estime de soi peut être la cause de comportements divers et variés dont le narcissisme n’est qu’un comportement parmi tant d’autres possibles. Par ailleurs, quand on a une haute estime de soi, on se regarde normalement avec bienveillance et honnêteté, ce qui est une forme d’amour que chacun distinguera sans difficultés du narcissisme.

Estime de soi

L’épanouissement de l’autre nous paraît évidemment désirable. Qu’il en soit de même lorsqu’il s’agit de soi !

Estime de soi, manifestation de notre instinct de préservation ou baromètre social

« Où est ma place parmi les autres ? » Nous répondons sans cesse à cette question, inconsciemment certes, mais nous sommes obsédés par la hiérarchie qui compose et organise le groupe dans lequel nous vivons.

Pensez aux premières relations d’amitié, de rivalité, à la place qu’on semblait vous avoir attribuée à l’école, dans votre famille, au travail ou dans votre couple. Ne vous apparaît-il pas clairement que vos joies et vos peines gravitaient alors autour de cette place que vous vouliez échanger contre celle du « plus populaire », du « plus intelligent », du « plus beau » ou de « celui qui coure le plus vite » ? (…)

Vous n’avez cessé de vous auto-évaluer en fonction de ce groupe de référence qui pèse maintenant à jamais sur votre façon d’appréhender les forces et les faiblesses des autres pour vous situer vis-à-vis d’eux. Il faut bien l’accepter, il y a cette chose en vous qui vous pousse à vivre dans un monde où chacun devrait rester à sa place. Cette chose, c’est l’estime de soi qui est consubstantielle à votre vision du monde. L’estime de soi ne nous quitte jamais, elle nous permet d’apprécier automatiquement la valeur de l’autre, faisant de lui un être supérieur ou inférieur. En soi, ce regard est impitoyable mais il est extrêmement utile car il nous permet d’adopter la conduite la mieux adaptée à la « survie sociale ». Par exemple, nous préférons faire un tennis avec une personne contre laquelle nous pensons pouvoir gagner car, même si la défaite ne tue pas, elle peut diminuer l’estime que nous avons de nous-même. Autrement dit, elle nous affaiblit. Et aucun être vivant sur Terre ne cherche à être faible.

L’estime de soi peut donc prendre la forme de l’instinct de préservation naturel à tout être vivant. En effet, qui voudrait vivre dans la honte ou ne souhaiterait pas se montrer glorieux devant un large public au moins quelques fois ? Une bonne ou basse estime de soi mène à divers comportements de maximisation des chances d’être perçu comme valeureux en société.

Pour cela, rien de plus simple, il nous suffit de donner majoritairement à voir des succès plutôt que des échecs, et ceci que ce soit à nous-même ou à notre entourage. En effet, l’estime de soi influence constamment nos décisions de montrer ou de cacher, d’oublier ou de se remémorer sciemment ou pas. Cela s’observe quotidiennement : on se félicite longuement d’une réussite minime tandis qu’on oublie d’évoquer un échec devant un ami. Faites le tour de votre vie, vous trouverez probablement des farandoles d’exemples. Ces actes répétés servent à préserver l’image que les autres ont de nous-même selon notre expertise. Et plus cette image est éloignée de ce que nous pensons être véritablement, plus les actes pour le cacher sont nombreux.

Estime de soi, condition sine qua none de la réalisation de soi

Une basse estime de soi mène à rester comme hypnotisé par l’échec

Lorsqu’elle est nourrie par des expériences successives de réussites affectives, scolaires ou autre, l’estime de soi mène les êtres humains à entreprendre rapidement, à moins redouter l’échec, à réparer les sentiments négatifs, à agir en faisant preuve de réalisme. A l’inverse, une basse estime de soi, c’est-à-dire une vision globalement négative de soi, conduit à des comportements d’évitement ou de déni des problèmes rencontrés, accompagnés d’une pensée négative parasite qui empêche la sortie d’un cycle sans fin. On sait quelle est la décision à prendre mais on doute juste après et ce doute nous engloutit. Ainsi, quelqu’un qui a intériorisé une vision positive de lui-même durant l’enfance à l’école et à la maison fera preuve d’un biais de positivité dans l’ensemble des choses qu’il entreprend tandis que la personne dans le cas inverse démontrera une fâcheuse tendance à accorder plus d’importance à ses échecs qu’à ses succès. Imaginez donc la spirale d’un côté positive et de l’autre négative qu’une telle vision de soi peut engendrer depuis le plus jeune âge. Douteriez-vous désormais de l’importance capitale de l’estime de soi ?

Rien qu’un peu d’information et déjà tant de questions.

Références

André, C. (2005). L’estime de soi. Recherche en soins infirmiers, 82,(3), 26-30. doi:10.3917/rsi.082.0026.

Si vous souhaitez aller plus loin, approfondir encore un peu le sujet, nous vous conseillons la lecture de l’articles suivant : Blessures émotionnelles : comment se produisent-elles et comment peut-on les soigner ?

Etudiant en Psychologie à l’université Paris Descartes, je suis notamment passionné par les Neurosciences et la Psychologie de l’enfant. J’aimerais vous donner à voir des objets concrets dans le monde parfois nébuleux de la Psychologie. J’essaierai aussi de vous fournir des clés pour approfondir ces sujets car celui qui apprend n’en a heureusement jamais fini d’apprendre.

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